J’ai eu l’occasion de lire ces livres ces derniers temps, qui proposent un regard original sur des courtes périodes de l’histoire l’informatique. J’ai trouvé ces trois livres exceptionnels à plusieurs égards, ce pourquoi je les partage aujourd’hui.

Cover of book Hackers, heroes of the Computer Revolution

Hackers, Heroes of the Computer Revolution (Stephen Levy, 1984), également disponible en français sous le titre L’Éthique des hackers (2013).

Si le titre s’attache aux comportements et aux idéaux des premiers « hackers », ce qui m’a fasciné dans le livre est plutôt les pratiques informatiques du tout début de la discipline. En 1984 ces pratiques étaient déjà considérées comme anciennes et valant la peine d’être raportées — l’action se passe à la fin des années cinquante et au début des années soixante —, mais aujourd’hui elles paraissent absolument incroyables. Bien que parfaitement compréhensibles, puisque l’informatique d’aujourd’hui en a gardé pratiquement tous les concepts.

On apprend ainsi les premiers programmes à l’œuvre, les premiers compilateurs, la programmation parallèle, les premiers jeux vidéos, la gestion de la mémoire, l’optimisation, l’intelligence artificielle, la modélisation de réseaux, Internet, les automates cellulaires (étonnant chapitre sur le jeu de la vie), etc etc.

Si le livre a un effet nostalgique, il n’en révèle pas moins le relatif entre-soi de jeunes hommes universitaires, obsédés par les ordinateurs et à l’hygiène douteuse qui n’a pas toujours servi la discipline. Néanmoins un livre essentiel pour revivre une certaine vision du big bang informatique, dont certains des protagonistes sont toujours en vie.


Book cover of The Annotated Turing.

Mes deux autres livres renvoient à une histoire plus lointaine, une sorte de « proto-informatique ». A commencer par le remarquable The Annotated Turing, A Guided Tour Through Alan Turing’s Historic Paper on Computability and the Turing Machine (Charles Petzold, 2008).

Ce livre fait travailler les méninges ! Il s’agit en fait d’un commentaire du papier scientifique d’Alan Turing ON COMPUTABLE NUMBERS, WITH AN APPLICATION TO THE ENTSCHEIDUNGSPROBLEM. En 1928, l’Allemand David Hilbert énonce le problème de la décision — connu sous le nom allemand d’« Entscheidungsproblem ». Pour cela il demande s’il est possible de trouver une méthode « effectivement calculable » pour décider si une proposition est démontrable. Pour résoudre ce problème, il faut caractériser ce qu’est un procédé effectivement calculable. C’est ce que fait Turing dans ce papier en démontrant, sans en être le premier à le faire d’ailleurs, que ce n’est pas possible. Le résultat, aussi important soit-il, ne passe qu’au second plan dans son travail, laissant à la postérité le moyen par lequel il y est parvenu. Il développe en effet le concept de « machine universelle » qui peut être vue aujourd’hui comme un ordinateur théorique, plusieurs décennies avant les premiers véritables ordinateurs.

Si beaucoup d’informaticiens connaissent la machine de Turing de nom, ou par sa définition, les plus curieux iront trouver dans ce livre la construction complète et détaillée de cet object théorique, expliqué, commenté (et même corrigé !) par Charles Petzold. Le texte du papier original est reproduit en intégralité, et à sa lecture on a le drôle de sentiment de plonger dans l’esprit même de Turing. L’originalité de la machine de Turing est sans appel : du génie.


Book cover of The Thrilling Adventures of Lovelace and Babbage

En revanche, génie manqué serait peut-être le terme approprié pour évoquer Charles Babbage. Il a pourtant énoncé le premier le concept d’ordinateur, alors que nous sommes dans une Angleterre de… (accrochez-vous) 1834 ! Soit un siècle avant la machine de Turing. Il a passé sa vie à en construire un prototype, sans y parvenir. C’est cette incroyable histoire que raconte The Thrilling Adventures of Lovelace and Babbage, The (Mostly) True Story of the First Computer (Sydney Padua, 2015) et dont j’ai déjà parlé sur mon blog.

Tout y est : l’extravagance de l’idée, la collaboration avec la Ada Lovelace, la recherche de fonds, la rencontre avec Georges Boole, la visite de la Reine d’Angleterre, les cartes perforées (!) qui s’amoncellent, l’imprimante (!) et le gigantisme d’un projet infini, habilement représenté par une machine dans lequel se perdent les protagonistes.

Car si le livre est exceptionnel, c’est avant par son format : une bande dessinée steampunk à l’humour tordant. Il est richement documenté par des dizaines d’annexes et des centaines de notes de pied de page qui exposent le travail de recherche exhaustif de la dessinatrice. La place d’Ada Lovelace, la première à écrire un programme informatique, est habilement mise en contexte.

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