J’ai parlé dans le passé de ma classe d’accompagnement. C’est un lieu d’apprentissage foisonnant mais aussi, grâce aux efforts de ma professeur, un lieu de rencontres. J’ai joué et appris auprès de nombreux élèves du conservatoire, des instrumentistes de tout type et de tout âge. Parmi eux, des hautboïstes.
Je n’ai pas initialement particulièrement d’affect pour cet instrument, mais je ne le tiens pas en défaveur non plus ! J’ai rencontré le professeur et j’avais déjà à l’époque une grande envie de composer. Je me suis dit : pourquoi pas le hautbois ! Je n’ai pas regretté ce choix, il a canalisé la composition de la première de mes trois pièces.
Très incertain de mon talent de compositeur, j’ai peu parlé ni joué cet embryon de morceau. Mais pourtant je l’ai fait, et en un instant ma salle de cours s’est remplie de quelques professeurs et oreilles curieuses (la prof d’accompagnement y est pour beaucoup !). Cela m’a beaucoup encouragé pour la suite.
En fait, quand je compose, le plus grand obstacle est moi-même. Il y a un certain nombre de règles d’écriture qu’on peut choisir de respecter ou non, et qui se contrôlent bien à l’oreille, ensuite la première écoute peut plaire aux autres ou pas, ce n’est pas très important. L’important et de réussir à le porter à leurs oreilles. Et puis, à vrai dire, il est difficile de juger une œuvre rapidement, il faut du temps, le réécouter, le chantonner, l’intérioriser… Mais à ce stade le plus important pour moi était ce soutient.
Grâce à lui, j’ai pu entamer la deuxième pièce. J’avais une idée en tête, que j’entendais vaguement intérieurement, mais que je n’ai jamais réussi à coucher sur papier. Cela m’a beaucoup découragé et j’ai abandonné le projet pendant un long moment.
Le professeur de hautbois s’est dit prêt à travailler l’œuvre (non écrite encore) avec moi, et la présenter en public par une de ses élèves. Ça m’a beaucoup motivé. J’ai aussi conversé avec la célèbre compositrice Florentine Mulsant, de passage à Toulon pour une création. Je me suis remis à écrire, et je me suis distancé de mon idée initiale, avec beaucoup de déception. C’est de loin la pièce qui m’a donné le plus de fil à retordre.
Pour la troisième, je me suis couché un jour avec un motif en tête. Je voulais cette pièce avant tout rythmique. C’est plus facile à écrire, et dans mon cas à l’entendre en avance. À ma grande surprise, et après avoir écrit le motif sur papier, je l’ai composée en quelques jours.
Les répétitions ont commencé avec le professeur de hautbois. C’étaient des échanges constructifs, j’ai beaucoup retouché le morceau ici et là, mais pas de fond en comble. Ensuite, une de ses élèves l’a travaillée. Et… moi aussi pour le coup ! Car c’est bien moi au piano pour le concert.
Avec Jeanne nous avons répété trois fois. La deuxième fois j’ai vraiment entendu ma composition, c’est à dire une semaine avant le concert. Comme à l’issue de chaque répétition j’apportais des petites corrections ici où là. Je n’ai jamais aimé la deuxième pièce mais j’ai appris à m’y faire.
Paradoxalement, le jour du concert, cette deuxième pièce ne m’a pas paru aussi faible que je ne le pensais. En fait, je l’ai écoutée avec une oreille nouvelle, en faisant abstraction de sa genèse. Ce fut très profitable. Et bien sûr le public fait toute la différence. Jouer pour soi, pour travailler et répéter ; et jouer pour un public, est radicalement différent (c’est plus dur en public, aussi !). La pièce a reçu une attention qui l’a élevée, quelque part. En musique, cette première représentation s’appelle une « création », et j’ai vraiment compris pourquoi ce jour-là !
Mme Mulsant m’a avoué que d’une composition à l’autre elle laissait passer du temps, environ trois semaines. Ce temps lui est nécessaire pour repartir avec des idées nouvelles. J’en suis déjà à plus de trois semaines. Et même si je n’ai pas à proprement parlé composer à nouveau, l’envie tenace d’écrire ne m’a pas abandonnée. Donc j’espère bientôt écrire une nouvelle pièce.
Je suis très reconnaissant envers ceux et celles qui m’ont soutenu à leur manière pour faire naître cette œuvre. Quelque part cela m’a débloqué.