Aujourd’hui nous roulons avec un objectif clair : rejoindre Dawson City, la deuxième ville du Yukon, emblématique de la ruée vers l’or au Klondike. La ville se trouve à la confluence des rivières Yukon et Klondike. Mais pour l’atteindre depuis Chicken, nous devons affronter plusieurs épreuves : 1. La Top of the World highway, en gravier 2. La frontière canadienne et 3. Le ferry de la rivière Yukon.
Bonne surprise : la route Top of the World est en très bon état. En gravier, certes, mais très bien stabilisée, en terre la plupart du temps, pavée par endroits, même. Il y a quelques nids de poule, mais rien de bien méchant. La route monte beaucoup et certains camping-car sont très lents, donc il faut un peu adapter la conduite.
La route a été construite à l’origine comme un sentier muletier durant la ruée vers l’or, avant d’être prolongée jusqu’à la frontière de l’Alaska dans les années 1930, puis jusqu’aux communautés alaskiennes voisines dans les années 1940. Le nom n’est pas anodin : sur une grande partie du trajet, la route longe les crêtes et sommets des montagnes, offrant une vue dégagée sur les vallées environnantes plutôt que de les traverser. Elle atteint son point culminant vers le kilomètre 104, à une altitude de 1 376 mètres. La route n’est ouverte que de mai à septembre, en raison des conditions hivernales. Cette route n’est pas la plus haute du monde, ni la plus au nord. Mais seules deux autres routes en Amérique du Nord vont plus au nord : la Dempster Highway (Yukon) et la Dalton Highway (Alaska).




Le poste de frontière USA / Canada
Le poste-frontière Poker Creek/Little Gold Creek, situé sur cette route, est le poste-frontière le plus au nord de toute l’Amérique du Nord. Il est ouvert de la mi-mai à la mi-septembre, à horaires fixes. Nous avons les passeports sous la main. On ne peux pas dire qu’il y a foule : deux voitures devant nous, deux policiers entourés d’une nuée de moustiques qui nous pose des questions basiques et regardent dans le véhicule. On a juste fait l’erreur de transporter du bois avec nous, qu’on comptait bien utiliser en camping au Yukon. Mais c’est interdit et il nous est confisqué… Nous poursuivons notre route.
Le ferry George Black
Pour rejoindre Dawson City, il faut emprunter le traversier gratuit George Black, qui traverse la rivière Yukon 24h/24 en été (en hiver la rivière est gelée). Quand on arrive, quelques camping-cars attendent devant nous, y compris des camping-cars-bus. On voit bien le traversier faire des aller-retours, et on comprend vite que ça va s’éterniser. En une heure il n’a fait que deux aller-retours, et n’a pris qu’un seul camping-car. Bon. ll devait y avoir un problème car ensuite le bateau fait ses trajets plus rapidement, 1 aller-retour par 15 minutes. Mais il prend vraiment peu de véhicules à chaque fois, il a environ 8 places pour des voitures normales… Au final, on a attendu 2h30 dans la petite file d’attente, qui s’est franchement allongée derrière nous. On pensait manger en ville, mais on s’est fait des sandwichs dans le camping-car à la place. Le Yukon est très large ici, et a beaucoup de courant. Pendant l’attente un hydravion est venu se poser puis redécoller. De ce côté de la rivière, appelé Dawson City West, il n’y a vraiment rien, le nom est un peu trompeur, il ne fallait pas se donner la peine ! C’est simplement le début (ou la fin) de la Top of the World higwhay.



Dawson City
Pour une fois, nous arrivons dans une vraie ville, et c’est une ville à taille humaine qu’on peut parcourir à pied. C’est un héritage de l’énorme ruée vers l’or du Klondike, mais rien à voir avec Chicken en Alaska. Ici il y a des rues en quadrillage, des commerces qui incluent un coiffeur et un masseur, une école, un terrain de baseball, de tennis et même une piscine ! Beaucoup de touristes arpentent les rues, mais aussi, dans les quartiers les plus excentrés, les locaux vaquent à leurs occupations : des jeunes occupent le parc pour enfant, font du vélo, un match de baseball se prépare… C’est la première fois qu’on voit cette “vie normale” de tout notre périple.
Dawson doit son nom au géologue-explorateur George Mercer Dawson, et la communauté s’est développée après la découverte d’or sur le ruisseau Bonanza Creek en 1896. Au plus fort de la ruée vers l’or en 1898, la population de Dawson dépassait 30 000 habitants, avant un déclin spectaculaire dû à l’épuisement des gisements les plus accessibles. Dawson City a été le siège du gouvernement du Yukon dès la fondation du territoire en 1898, jusqu’en 1952, date à laquelle la capitale a été transférée à Whitehorse. Selon le recensement de 2021, la population était de 1 577 habitants (2300 en incluant les alentours), ce qui en fait la deuxième plus grande municipalité du Yukon (!). La ville a conservé une architecture historique typique de l’époque de la ruée vers l’or (façades en bois, rues non pavées) et abrite notamment le musée Jack London, en hommage à l’écrivain qui y a séjourné (qu’on n’a pas fait). Avant la période coloniale, la région était utilisée pour la chasse et la cueillette par les Hän, peuple du Premier peuple Tr’ondëk Hwëch’in et en 2023, l’ensemble Tr’ondëk-Klondike, incluant Dawson City, a été inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO au titre de site culturel. On a pris beaucoup de plaisir à se promener dans les rues de la ville, sur les trottoirs en bois, manger un fish & chips et une glace dans ce bout de civilisation perdu dans le grand nord.










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