Aujourd’hui (le 10 août), c’est une journée importante car nous avons programmé une excursion. On ne peut pas dire qu’on en fait beaucoup, parce que ça nous oblige à tenir des horaires ! Mais là, il s’agit du parc Denali, alors on a fait un effort. On a réservé des places pour un bus “transit” à 11h30. On n’a qu’une heure quinze de route, mais on arrive quand même ric-rac (prêt à 11h24 sur place…). Après analyse, il s’agirait du conducteur (moi) qui roule plus lentement que les prédictions routières. Et aussi, on a fait un petit arrêt en plus pour prendre en photo la réplique du bus 142, alias le magic bus.
Le Magic Bus 142
Si vous ne savez pas ce que c’est, c’est que vous n’êtes pas assez fan du film Into the Wild de Sean Penn, tiré du livre du même nom de Jon Krakauer, ancien journaliste au magazine Outside qui a fait connaître cette histoire. Celle de Christopher McCandless qui a tout abandonné, jusqu’à sa voiture et l’intégralité de ses économies, pour vivre dans la nature, et en particulier en Alaska, the last frontier comme elle est parfois surnommée. Manquant d’expérience, de préparation et de matériel, il fut condamné dans un bus abandonné au milieu de nulle part, obligé à y rester pour l’hiver car le chemin qu’il a prit était devenu impraticable. Sans nourriture, et empoisonné par une plante, il est mort de faim, dans le bus. Une rare photo le montre face à ce bus. Il a en quelque sorte réalisé son rêve, comme absorbé par la nature qui le fascinait. Le film que Sean Penn lui a consacré est devenu culte (il a attendu plus de 10 ans pour avoir les droits de sa famille, qui n’a pas spécialement un beau rôle…) ; un symbole de l’Amérique sauvage et libre, et surtout de l’Alaska, magnétique et indomptable. Le bus de ce film culte est lui aussi devenu culte !

Que faisait donc ce vieux bus du transit de Fairbanks au milieu de nulle part ? En fait, trois de ces bus avaient été placés la pour loger des travailleurs des routes voisines. Une fois les travaux fini, on est venu chercher les bus, mais le 142 avait un problème et ne démarrait plus. Il a été laissé là. La nature des abords immédiats a repris ses droits et il est devenu petit à petit un logement de fortune pour les chasseurs. McCandless est tombé dessus complètement par hasard, et en a été ravi. Il a pu s’y aménager un logement temporaire.
Après le livre, mais surtout le film, des aventuriers du monde entier sont venu à sa recherche, pour le photographier, où y loger ; se remémorer l’histoire de McCandless. Hélas, au moins deux personnes sont mortes en tentant de l’atteindre, dans la rivière d’à-côté. Il a été décidé de retirer le bus pour limiter les drames : un hélicoptère l’a treuillé jusqu’à Fairbanks. Il a été restauré par le musée de l’Université, qui a maintenant besoin de fonds pour l’exposer… donc le vrai bus n’est pas visible au grand public pour le moment.
En revanche, il existe une copie conforme qui a été construite pour le film. Elle est placée à Healy, donc, là où on s’est arrêtés. Malheureusement, il est dans un espace clos, une sorte de biergarten qui était fermé à cette heure. J’ai pu l’apercevoir de derrière les barrières. Ca m’a suffisamment comblé. Et mis en retard… (aussi parce que Salomé a couru pour ne pas remonter dans la voiture, est tombée, s’est fait un gros bobo, a bien hurlé, tout ça, tout ça…).

Le parc national et réserve du Denali
A Denali, donc, ils n’étaient pas en train de nous attendre pour monter dans le bus « transit » de 11h30, plein à craquer. En plus, on transporte avec nous le siège bébé qui est obligatoire, même dans ces bus. Et la poussette aussi car à cause du gros bobo… bref. Les Tuches arrivent à entrer. Ce parc est particulier car il n’est pas ouvert à la circulation, sauf sur la première portion pavée de 10km. Le reste est une belle route non pavée, seulement pour les véhicules autorisés. Pour profiter du parc, il faut donc embarquer dans un bus. De belles excursions sont programmées pour 5 à 8 heures (et environ 130 dollars par personne…), mais ce n’était pas envisageable pour nous. Les “transit bus” font office de navette, toutes les demi-heures dès 5 heures du matin. Il faut réserver. On peut y monter et descendre quand on veut. Le billet est à 33 dollars auxquels il faut rajouter 15 dollars par personne (pas la petite) car on pénètre dans un parc national.
Le parc nation et réserve du Denali couvre une superficie d’environ 24 585 km² (soit à peu près la taille du Vermont, ou de la Belgique) — c’est l’un des plus grands parcs nationaux des États-Unis. Le parc doit son nom au mont Denali (anciennement mont McKinley), le plus haut sommet d’Amérique du Nord, culminant à 6 190 mètres. Le parc abrite la fameuse « Big Five » de la faune arctique/subarctique : ours grizzlis, loups, caribous, orignaux (élans d’Amérique) et moutons de Dall. Le parc est immense mais possède très peu d’infrastructures comparé à d’autres grands parcs américains (comme Yellowstone) — il reste volontairement sauvage. Cela dit, et ça peut paraître surprenant, il n’est pas interdit d’y séjourner, de randonner, de passer la nuit ; même hors des sentiers battus. Denali est unique pour ça : il n’existe aucun emplacement de camping établi dans le backcountry (contrairement au frontcountry avec des campings aménagés, qu’on voit sur la carte ci-dessous). Le backcountry est divisé en 87 zones numérotées, chacune avec un nombre limité de permis par nuit. Il faut respecter certaines règles mais globalement, tant qu’on est à pied, on peut profiter du parc. Et il faut savoir qu’il y rode des bêtes pas super sympa… Parmi les règles : pas de feu, excréments dans un trou d’au moins 15 centimètres, et on repart avec tous les déchets, y compris le papier toilette usager. Pour revenir au bercail, il suffit de revenir sur la route et reprendre un bus.




Le parc est sublime, mais malgré les efforts entrepris par les parcs nationaux, on était un peu déçu. Tout est fait pour que le bus ne soit pas tant un inconvénient, par exemple si on voit un animal on peut hurler STOP et il s’arrête, ou bien monter ou descendre quand on veut, par exemple pour marcher, commencer une rando, ou revenir par un autre bus (ce qu’on a fait pour ne pas faire la boucle de 4h). C’est quand meme contraignant. Pour profiter du parc, il faut vraiment y être préparé, prévoir d’y passer plusieurs jours (les campings aménagés sont interdits en dessous de trois nuits), et planifier des randonnées.
Sur l’aspect positif : on a quand même vu un jeune caribou marcher le long de la route, altier et gracieux ; ainsi qu’un orignal la traverser un peu plus loin. Les paysages sont sublimes, et de loin les meilleurs qu’on ait vu jusqu’à présent en Alaska. En approchant du parc, et donc de la chaîne montagneuse de l’Alaska Range, on a découvert de nouveaux reliefs, avec des rivières somptueuses, large et abondantes, qui sculptent les vallées. La toundra est bien visible, comme un tapis de touffes continu, qui semblent basses mais en fait plus hautes qu’un homme (et qu’un ours). Les sapins mais aussi trembles et épicéas sont nombreux et plusieurs rangées de montagnes sont visibles, les plus hautes et les plus éloignées enneigées. Le Denali ne se montre que 30% du temps à l’année, tant le climat est capricieux. Aujourd’hui on le voit en entier. De beaux souvenirs.



Ah le Magic Bus. Triste histoire mais quel beau film!