Mon premier triathlon était plutôt folklorique. C’est le cas pour beaucoup de personnes sans doute, mais dans mon cas pour une raison plutôt singulière : je n’ai pas réussi à m’inscrire à temps ! C’était à Banff, en Alberta, au Canada. Je m’étais mis en tête à me mettre à ce triple sport parce que les conditions d’entraînement des trois sports m’étaient relativement accessibles : la course à pied, la natation et le vélo. Dans mon immeuble je pouvais pratiquer les trois en intérieur dans une salle de sport, et une piscine donc. Bien sûr, il me fallait quand même un vélo pour l’épreuve, que j’ai acheté rapidement. J’ai aussi choisi ce sport pour l’équilibre qu’il procure par ces disciplines plutôt complémentaires. J’aimais nager et faire du vélo, et je me suis mis à la course.

C’était quand même pour moi une première de monter sur un vélo de course, mais les longues pistes cyclables de Calgary furent un bon moyen de m’y mettre. Découvrant complètement la discipline, j’allais m’équiper sur la théorie dans la bibliothèque de la ville pour y trouver de véritables bibles sur le sujet, avec des plans d’entraînement. J’ai rendu aussi rendu visite à un club de la ville pour en savoir plus, sans pour autant m’inscrire (trop tôt, trop cher). C’est donc ainsi que je débutais, par un mélange de bon feeling et de pragmatisme.

Mon premier triathlon

Je suis allé assister au triathlon de Banff, sans le courir, donc. C’était en 2010. Comme j’avais scrupuleusement suivi mon plan d’entraînement et que j’étais dans une forme que je n’avais jamais connu auparavant, j’ai pris la décision de le faire quand même, sur le même parcours, mais la semaine d’après. Je suis allé m’acheter une combinaison de plongée, avec cagoule et gants. Autrement dit, pas un équipement adapté ! Je suis passé outre les chaussons de plongée, mais je n’aurais pas dû. Car l’eau glacée sur lac de montagne m’a congelé les pieds et empêché de vraiment nager la distance, sans compter le fait que je n’avais aucun moyen de la mesurer précisément. Ma première transition a simplement consisté à me réchauffer les pieds et boire du thé. Je me demande comment les vrais triathlètes de la semaine passée ont fait. Je n’étais pas à cet emplacement. L’eau devait avoisiner les 12 degrés… Le vélo et la course à pied m’ont beaucoup plu. Depuis sept ans, je continue à pratiquer.

A Banff, Alberta. Il faisait pas beau et l’eau était glaciale, mais au moins le décor est top !

Mon rythme d’entraînement

S’entraîner au triathlon mérite quelques explications, car il faut dire qu’un triathlon c’est avant tout un entraînement. La course est un peu la récompense, et représente seulement 5% du sport. Les 95% restants c’est l’entraînement ! Pour ne pas complètement bouleverser le reste de ma vie autour de ce triple sport, j’ai misé sur la régularité plutôt que la quantité, en assumant ma qualité d’amateur. La particularité du triathlon, on l’aura compris, c’est que c’est véritablement trois sports différents et complémentaires, chacun nécessitant un entraînement dédié. Je me suis aussi fixé la distance des triathlons auxquels je participe car il y a beaucoup de possibilités, en l’occurence : M comme Medium ; c’est à dire 1,5km de nage, 40km de vélo et 10km de course à pied.

Je m’entraînement deux fois par semaine… par sport. C’est à dire six fois par semaine. Le jour restant est mon jour de repos (= grasse matinée jusqu’à 8 heures… wouhou). Auparavant je m’entraînais le midi et occasionnellement le soir mais petit à petit j’ai agencé tous mes entraînements le matin, après le réveil et avant le petit-déjeuner. C’est le rythme qui me convient le mieux. Le samedi matin et le dimanche matin, puisque j’ai plus de temps, je fais des sorties plus longues en course à pied et en vélo, entre une et deux heures, là où je me contente de 50 minutes à une heure en semaine. Tout ceci, je le précise, « seulement » pendant la saison des triathlons c’est à dire de mars à septembre grosso modo.

Au fil du temps j’ai dû adapter mon heure de sommeil (et de réveil !) en fonction. Il n’est pas possible de sortir tard le soir et faire un entraînement de qualité le matin. C’est l’exigence du triathlon : il faut ajuster son rythme de vie, non pas autour du triathlon (en tout cas pour ma part) mais de manière à l’intégrer. Je n’ai jamais regretté ces choix puisque c’est meilleur pour ma santé et pour mon quotidien en général : moins de fatigue et plus de tonicité en général. Par contre, le soir, après un entraînement et une journée de travail, je ne fais pas long feu !

La course à pied

La course à pied est l’entraînement le plus simple, et c’est par là que beaucoup commencent j’ai remarqué. Facile à pratiquer matin, midi ou soir. Je m’y suis fait même si ce n’est pas mon sport de prédilection. On peut commencer à se faire plaisir rapidement. C’est aussi selon moi le sport qui blesse le plus, paradoxalement. Des coureurs insistent trop et se créent des tendinites. Ça m’est arrivé une année, par manque de technique sans doute et par volonté de finir un entraînement alors que j’avais déjà mal. J’ai immédiatement arrêté mon entraînement jusqu’à ce que ça se résorbe complètement. Ça ne m’est jamais arrivé depuis, et maintenant j’anticipe. Quelle que soit la raison, j’arrête de faire du sport quand j’ai mal, ou plutôt que je commence à avoir mal. Il y a toujours une raison : des mauvaises chaussures ; trop vite ou trop intense trop tôt dans l’entraînement, … Je fais du sport pour aller mieux, pas le contraire, donc j’arrête au moindre doute, tant pis pour les compétitions.

La natation

L’entraînement natation peut être contraignant, car il faut manifestement bénéficier d’une infrastructure pas trop loin. Mais si vous vivez près d’un plan d’eau ou de la mer, ça peut être très facile à pratiquer ! C’est aussi un sport technique, qui rebute beaucoup de débutants. Nager de manière performante nécessite un apprentissage, sans lequel il n’est pas vraiment possible de parcourir la distance. Je pense qu’on peut l’apprendre seul, à force de patience et d’observation (d’autres nageurs en piscine – ou avec des ressources sur Internet ou même des livres, ça existe !) ou bien prendre des cours, comme ils en donnent dans les piscines municipales parisiennes. J’ai progressé seul, pour ma part. La première fois que j’ai voulu me mettre au crawl, je n’ai pas réussi à finir les 25 mètres de la longueur du bassin. Il m’a fallu du temps, mais j’y suis arrivé. J’encourage beaucoup les autres débutants à ne pas se laisser impressionner par la natation. C’est un excellent sport qu’on peut pratiquer très longtemps. Il faut un peu de technique au début, c’est vrai. C’est aussi relativement pratique (sauf pour les cheveux longs qu’il faut passer du temps à sécher – mais je vous assure que le matin il y a plus de femmes que d’hommes à la piscine !), car l’entraînement inclut la douche. A ce titre, je maintiens qu’il m’est plus pratique de faire de la natation que de la course à pied. L’équipement est tout aussi rudimentaire (bonnet + lunettes + maillot contre short + T-shirt + chaussures), et il inclut la douche avec ! En triathlon, la grande particularité est que la combinaison est autorisée, voire obligatoire si l’eau est froide (interdite si elle est trop chaude). Les piscines interdisent l’usage d’une combinaison si bien qu’il m’a toujours été impossible de m’entraîner avec. La première fois que j’ai utilisé une combinaison, c’était en triathlon ! Effet garanti… j’ai eu l’impression d’étouffer, et le temps de m’y habituer, ma nage était finie. Quand la combinaison est facultative, la quasi totalité des nageurs la portent quand même, car c’est une aide non négligeable malgré tout. Elle aide à la flottaison et économise des forces. Et ces forces, on en a besoin pour la suite, la natation étant toujours la première épreuve.

Le vélo

Pour le vélo, c’est une autre affaire. C’est de très loin le sport le plus cher des trois, et aussi le seul « sport mécanique ». Le vélo est le sport qui prend le plus de temps pendant un triathlon. J’ai opté pour un vélo d’une grande marque mais d’entrée de gamme (un Specialized Roubaix Elite). Il ne m’a jamais déçu. Il est selon moi impossible de trouver le vélo parfait à condition de pratiquer depuis longtemps et d’acheter régulièrement des vélos pour être bien à l’écoute de ses sensations. A partir du moment où l’on ne peut pas essayer son vélo avant de l’acheter, il me paraît donc difficile de trouver le vélo idéal. En sortie à plusieurs, ça vaut vraiment le coup de se prêter les vélos mutuellement pour chercher d’autres sensations. Il y a des vélos de 300 à 10000 euros. Plus le vélo est cher, plus il a de chances d’être performant, eh oui. Le poids ne fait pas tout, mais compte quand même. J’ai acheté le même vélo que celui que j’avais au Canada en rentrant en France. J’ai toujours le même depuis. Chaque année je change un petit quelque chose dessus pour gagner en confort ou performance, mais j’ai le même vélo. Je consulte de nombreux forums et sites spécialisés avant chaque achat. Il faut dire que quand un triathlète dit « vélo », il faut comprendre : vélo + casque + pédales automatiques (où on clipse les pieds) + chaussures + cales-pieds (à visser sur la chaussure pour la clipser dans la pédale) + prolongateurs + accessoires tels que pompe, chambres à air, outil multi-usage, démonte-pneus. J’ai racheté chacun de ses accessoires petit à petit, ainsi que des roues et pneus pour remplacer ceux d’origine. Les prolongateurs permettent de poser ses poignets tout en tenant deux tiges en métal. Pour les triathlons « courts », c’est à dire S ou M, les prolongateurs ne doivent pas dépasser les cocottes, c’est à dire le bout des freins. De profil, le prolongateur ne doit pas être plus avancé que les freins en somme. Pour les triathlons plus longs, des prolongateurs plus longs sont autorisés il me semble, sur lesquels au lieu de poser ses poignets on y pose ses coudes. L’enjeu de ses prolongateurs : la performance ! Car penché en avant, les jambes travaillent mieux et la pénétration dans l’air est meilleure. La contrepartie ? la baisse de confort et une plus grande fatigue à long terme.

Concernant mon parcours d’entraînement, je fais de la piste cyclable hors de Paris le matin, évitant ainsi le monde et profitant de belles lignes droites. Et pour ma sortie longue du dimanche je vais « tourner » sur les deux boucles parisiennes que sont le polygone du bois de Vincennes et l’hippodrome du bois de Boulogne.

Ces entraînements méritent une section à part, tellement la pratique peut paraître insolite au non-initié. Ces deux boucles sont des zones « réservées » de fait aux cyclistes, les samedis et dimanches matin (et peut-être les autres jours… je ne sais pas). Elles ont le grand avantage d’être continues et donc ne nécessiter aucun arrêt de la part des coureurs. C’est un excellent entraînement pour l’endurance. L’autre grand avantage est qu’il y a beaucoup d’autres cyclistes, de différents niveaux, ce qui permet d’intégrer un groupe qui va à peu près à la même vitesse, et courir avec des gens qu’on ne connaît pas. Ça fait un peu Tour de France, où l’on joue à se maintenir dans un peloton, suivre des échappées ou tenter de rattraper un groupe quand on est à la traîne. C’est très impressionnant au début car on se suit de très près et à grande vitesse, mais addictif petit à petit. Il faut dire que suivre d’autres cyclistes permet aussi de faire une plus grande distance en se fatigant beaucoup moins, grâce au phénomène d’aspiration.

J’ai commencé la pratique des boucles pour m’entraîner au triathlon de Paris, où le « drafting » est autorisé. Le drafting, c’est justement cette pratique de se suivre de près pour profiter de l’aspiration. Le vent, où même l’air quand il n’y a pas de vent, est l’ennemi numéro un de la performance en cyclisme. Suivre quelqu’un est beaucoup beaucoup plus performant. Si vous ne me croyez pas, testez-le, même à deux seulement, en vous relayant. C’est d’ailleurs exactement ce qu’il se passe sur les boucles. On se relaie les uns avec les autres, sans se connaître, pour diluer l’effort dans le groupe. C’est assez drôle car il y a de vraies personnalités dans ces groupes, et certains ne se laisseront jamais doubler. Certains sont excellents et peuvent tirer un groupe pendant des dizaines de kilomètres sans que personne ne veuillent – ou ne puissent – prendre leur place. Les premières années j’intégrais un groupe discrètement au milieu, mais ces derniers temps je prends plaisir à me tenir en tête (pas très longtemps), et même à sprinter en haut du faux plat. Car ces deux boucles en contiennent un. Avec un peu de chance, je trouve d’autres sprinteurs pour jouer le jeu.

Il y a néanmoins deux inconvénients à ces boucles. Le premier c’est que c’est dangereux. Il y a parfois des chutes. Certains ne se relèvent pas et les pompiers doivent intervenir. Il y a aussi des touristes qui veulent juste faire du vélo en famille au mauvais endroit, ou des coureurs qui ne connaissent pas le lieu et traversent imprudemment créant une catastrophe. L’autre inconvénient, beaucoup plus bénin, c’est que c’est monotone, il faut le dire. C’est un bon entraînement au sens musculaire du terme, mais il y a quand même moins de plaisir que sur des petites routes de campagne. Plus rarement, je fais une sortie sur des petites routes loin de Paris. C’est d’un coup un immense plaisir. C’est un plaisir auquel je goûte aussi pendant l’épreuve, car chaque ville y va de son patrimoine (et de son dénivelé…) et met la région en valeur sur le parcours vélo.

Il existe enfin un équipement très spécifique au triathlon qu’est la « tri-fonction ». Il s’agit d’un vêtement léger, par exemple en lycra, qui se porte pendant les trois sports. Il sèche vite après la natation, est légèrement rembourré dans l’entrejambe pour le vélo et reste performant en course à pied. J’ai mis cinq ans avant d’en acheter une, mais je l’adore. C’est une chose à moins à faire pendant les transitions que de changer de vêtements.

Les transitions

Il fallait y venir : les transitions ! Elles ne sont pas un sport en soit – car il s’agit juste de passer d’un sport à l’autre, c’est à dire de laisser ses affaires du premier sport pour s’équiper de celles du second sport – leur temps compte quand même pour le temps total. Il convient donc de ne pas perdre trop de temps. Pendant longtemps la transition n’a pas été au centre de mes préoccupations. Il le devient lorsque gagner des secondes au temps total devient plus facile à faire pendant ces transitions qu’en essayant d’améliorer ses temps aux sports ! En général, la zone de transition est la même en T1 (nage-vélo) et en T2 (vélo-course à pied). Ainsi, la veille ou le matin du triathlon, on vient y déposer toutes ses affaires sauf celles de la nage, puisqu’on démarre l’épreuve avec. En particulier, on y laisse son vélo, parmi une mer d’autres vélos, souvent bizarrement tous mille fois mieux que le sien… Le jour de l’épreuve, sitôt sorti de l’eau, il faut – le plus rapidement possible – retirer combinaison + bonnet + lunettes puis mettre son casque + porte dossard avec dossard + chaussures (+ lunettes). Le tout dans la relative fatigue post-natation. Pour la T2 : rebelote. On y dépose le vélo + casque + chaussures et on enfile les chaussures de course à pied (et on tourne le dossard pour le mettre devant alors qu’il se porte derrière en vélo). Le tout avec la déjà moins relative fatigue de la natation + vélo, bien entendu.

On reconnaît les triathlètes aguerris grâce aux indices suivants, qui sont autant de pistes à explorer pour améliorer ses temps de transition :

  • Retirer son bonnet + lunettes + le haut de sa combinaison tout en courant de la sortie de la nage vers la zone de transition
  • Clipser ses lunettes de vélo sur le casque, pour les mettre plus tard dans la course, tout en roulant
  • (la meilleure) : clipser ses chaussures de vélo sur les pédales et les maintenir à plat grâce à des élastiques qui casseront, sinon elles pendent sous leur propre poids, puis les enfiler plus tard en roulant (on commence à pédaler les pied à plat dessus)
  • Courir en course à pied sans chaussettes
  • Utiliser des lacets élastiques qu’on n’a pas besoin de faire et défaire, on enfile juste le pied
  • D’autres que je ne connais pas !

Bien entendu, au fil des ans, je les fais toutes. A l’exception des élastiques sur les chaussures que je vais expérimenter cette année. Les chaussures de vélo sont d’ailleurs spécialement conçues pour que les triathlètes rabattent le scratch de l’intérieur vers l’extérieur, pour le faire plus facilement en roulant.

Quant à courir sans les chaussettes, je ne le fais qu’à la condition de m’y être entraîné au préalable, dans les mêmes chaussures, et s’il n’y a pas eu d’encombres évidemment. Ce qui est rare. Je l’ai fait pour un triathlon, et comme j’avais les pieds en sang à la fin, je ne l’ai jamais refait. Je vais le retenter cette année si mes entraînements continuent de bien se dérouler. J’augmente les distances pieds nus à chaque fois et j’utilise des chaussures spécialement conçues pour triathlon, c’est à dire qui s’enfilent très vite… et avec les lacets élastiques.

Le mot de la fin

Ce sport ne m’a jamais déçu et maintenant d’une année sur l’autre je suis impatient de reprendre l’entraînement. Je m’inscrit à un, deux ou trois triathlons dans l’année, ce qui me motive pour commencer l’entraînement. J’intègre petit à petit des difficultés comme du fractionné en course à pied et en natation (et en vélo d’ailleurs), des nages différentes en natation (je fais maintenant autant de dos que de crawl) ou des sections plus ou moins rapides en vélo (avec un petit prolongateur que j’ai fait installer dès l’achat du vélo). En tout cas j’évite le plus possible la frénésie de l’équipement parfait et continue de faire ce sport pour ses bienfaits intrinsèques. Il y a une philosophie roots initiale au triathlon, qui consiste humblement à se débrouiller dans ces trois sports le mieux possible, tout en les enchaînant. J’essaye de rester fidèle à cette philosophie !

 

2 réflexions sur “Sept ans de triathlon

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