La Alaska Highway (Route de l’Alaska) est une très longue route d’environ 2200 km qui relie Whitehorse au Canada à Fairbanks en Alaska (plus précisément, Delta Junction un peu plus avant). Elle a été construite de manière très spectaculaire en seulement l’espace de 10 mois, pour des raisons militaires. Cette route concentre la majorité des activités humaines qui se sont petit à petit agglomérées le long de cet axe. C’est aussi la première route que nous empruntons, avec notre Truck Camper “Ruth”.

Car oui, notre voiture a un nom : Ruth, que nous a annoncée fièrement notre loueuse de l’entreprise GoNorth à Whitehorse. Dans un français à l’accent Suisse, elle nous a présenté les particularités principales de la voiture, mais surtout de l’addition habitable qu’elle porte sur son dos. Truck Camper est cette catégorie de “camping-car” qui consiste a associer une voiture pick-up à une sorte de caravane sur son dos, et non tractée. Le vocabulaire du camping en voiture est élaboré en anglais ; je ne connais pas toutes les subtilités. Ce qu’on appelle nous camping-car se dit plutôt ici motor-home. Il y a aussi des campings-car en forme de bus (comme dans le film “Mon beau-père et moi”), des camping-car qu’on tracte, des caravanes traditionnelles, des tentes de base… on voit vraiment de tout.
Mais en terme de véhicule RV (Recreational Vehicle), on est vraiment dans la catégorie des plus petits, malgré l’énorme voiture qu’on conduit. Je dis voiture, mais c’est vraiment un petit camion, qui, chargé comme il est, a la grâce de consommer 22 litres aux cent en roulant molo-molo (70 km/h), le double en roulant à 110 km/h. Il est spacieux et très confortable. C’est d’ailleurs aussi le cas de la partie habitable. A trois, on y est très bien. On dort bien, on a assez d’espace pour le rangement, la cuisine, la douche, et la table est grande. Le frigo est de taille normale et bien froid, mes pieds ne dépassent pas du lit comme c’est parfois le cas dans certains hôtels. On est bien moins à l’étroit que ce que je craignais.
Les paysages du Yukon sont très beaux. C’est une province du Canada extrêmement peu habitée, le paysage est constamment vert (en été), avec de nombreuses montagnes et des plaines verdoyantes à perte de vue. Les arbres sont variés, et de nombreuses rivières, lacs ou marais ponctuent sans arrêt le décor.
Notre première nuit en camping
Nous avions réservé notre premier camping pour être sûr d’avoir une place. Et nous avons pris le camping le plus près de Whitehorse pour ne pas s’éloigner trop des commodités. Le temps de prendre la location, de faire des courses et de rouler au camping, c’est déjà l’heure de l’apéro. A notre grande surprise, notre emplacement réservé est déjà pris ! C’est très frustrant, d’autant que d’autres emplacements réservés, et marqués d’une petite étiquette verte, sont soigneusement laissés vides le temps que leur propriétaire arrive. On refait un tour du grand camping pour finalement prendre un emplacement sans réservation. Même si on avait réussi à faire partir les autres occupants, avec 2 voitures et une des personnes absente, ça aurait pris des heures. Certains campings sont en effet réservables, mais dans ce cas il s’agit seulement d’une partie du camping. Le reste est toujours laissé à “premier arrivé, premier servi”. Ca peut paraître un peu inquiétant au départ, mais finalement c’est beaucoup mieux ainsi. A vrai dire, on n’a pas prévu d’en réserver d’autres.
La conduite au Yukon
Car il faut se mettre un peu en contexte. Dans la journée, on ne sait jamais combien de kilomètres on va parcourir : la route n’est pas en très bon état, il faut parfois attendre 15 minutes pour passer certaines sections en suivant une “pilot car” ; la plupart du temps on n’a pas Internet donc on ne peut pas facilement gérer nos réservations. Sans compter la météo, la conduite avec un enfant, l’heure incertaine du départ et les besoins à combler de Ruth (vidange, remplissage de l’eau, essence…). Finalement, c’est bien plus pratique de s’installer où il y a de place quand on a envie de s’arrêter, d’autant que c’est un peu ce que tout le monde fait.
La portion de l’Alaska Highway au Yukon est vraiment une route de passage. Les villes sont quasi inexistantes, et les villages sont en fait des points de relai pour les routiers. J’ai toujours peur qu’on ne puisse pas se garer, mais les espaces sont gigantesques, et la plupart permettent à des poids-lourds de faire demi-tour ; sachant qu’un poids-lourd ici fait environ trois fois la longueur des nôtres. Les routes aussi sont larges, mais au Yukon elles ne sont pas en très bon état. Elles sont limitées à 90 km/h, ce qui est déjà lent au vu des distances à parcourir, mais elles sont en permanence rafistolées, ou bien pleines de creux et de bosses. Le rafistolage est parfois périlleux, donc il faut ralentir. D’autres portions sont en gravier, ce qui nous oblige à ralentir encore, et parfois, donc, la route est bloquée par un feu rouge et il faut attendre le passage. Si bien qu’en moyenne on roule plutôt à 60 km/h.


Les campings et RV parks
Les escales sont sommaires, les RV parks et autres aménagements souvent vieux et miteux, mais quand ils sont là on ne crache quand même pas dans la soupe. Les campings eux sont calmes, disponibles, propres et la plupart du temps magnifiques. Quand on arrive au camping qu’on a choisi en général la veille, on cherche une place ; s’il y en a plusieurs ont cherche la meilleure place, et on paye 20 dollars qu’on glisse dans une enveloppe disponible à l’entrée. Une partie de l’enveloppe se détache, et on doit l’apposer à notre emplacement. Il n’y a pas d’eau courante ni d’électricité ; pas de personnel pour nous accueillir, mais c’est toujours nickel. Les toilettes sèches sont dans des petites cabanes d’une propreté immaculée, et les quelques installations sont au top. Au camping de Congdon, il y a même une belle aire de jeu pour les enfants, ce qui est très rare.

Nous ne subissons pas trop les moustiques, qui sont présents sur notre emplacement une fois sur deux environ. Quand il y en a trop, on mange dans le camper qui a des moustiquaires intégrées. Quand il y a un peu de vent, même près d’une rivière ou d’un lac, ils sont absents. A d’autres endroits il faut carrément secouer sa casquette devant le visage pour pouvoir avancer.


Entrée en Alaska
Aujourd’hui (le 7 août), nous avons passé la douane américaine. C’est un passage de frontière banal : des officiers pas très sympas qui semblent s’ennuyer à mourir nous posent des questions de base… On s’apprêtait à devoir jeter des fruits ou légumes mais en fait non. Le fait qu’on soit français a l’impression d’égayer un peu sa journée, mais aussi semble lui faire faire des démarches en plus. On doit se garer et se faire prendre les empreintes. Ca nous permet de visiter leur triste open-space aux fenêtres carrés, décoré avec un goût très approximatif : une horloge en bois en forme du Yukon, des ours empaillés accrochés au mur, des cornes de caribous, la photo de Donald Trump sur une feuille volante et des dizaines d’écussons de police du pays, épinglés sur des tableaux en liège. Dans ce décorum on nous demande également de payer. Car la frontière terrestre pour aller aux États-Unis est payante. Elle était de 6 dollars par personne, mais depuis novembre 2025, c’est 30 dollars… Youpi.
La route en Alaska semble d’emblée en meilleure état. Les parties basses, dans les pleines, sont criblées de trous et bosses car le sol sous-jacent incertain qui fond et se redurcit en fonction des saisons défoncent la surface. Mais dès qu’on prend de l’altitude, on arrive à maintenir de bonnes vitesses, et globalement on avance plus vite qu’au Yukon. Il y a également plus de villes, villages et installations pour les RVs, je vous montrerai ça dans un prochain article !

Sympa de se réveiller avec un beau reportage et des photos, tellement dépaysant par rapport à notre petit cabanon au bord de la mer. 30 dollars pour rentrer aux USA!! Salomé paie aussi?
Bonne nuit! Ici c’est l’heure de la baignade dans une eau presque trop chaude. 27-28 degrés.
Passionnant! J’attends avec impatience la suite. On sent la fraîcheur rien qu’à te lire pendant qu’ici en Europe on subit canicule après canicule. Mais vous êtes sans doute déjà rentrés…