Il y a un an, en janvier 2025, j’ai décidé de me lancer dans la traversée de la Manche à la nage, sans combinaison. Un drôle de défi, mais aussi un vieux défi… Je vous partage quelques éléments dans cet article.

La genèse

Depuis tout petit, j’ai la chance de nager en mer, dans une calanque près de Toulon, et c’est même dans l’eau salée que j’ai appris à nager. Petit j’éprouve un grand intérêt à la mer dans laquelle je peux rester des heures sans me lasser. J’ai pris des cours en piscine, mais à l’adolescence et jeune adulte j’ai délaissé ce loisir pour d’autres, et ne nageais et barbotais uniquement l’été, au même endroit.

Un jour de retour de vacances, je devais avoir 23 ou 24 ans, je me suis dis que c’était vraiment dommage de ne pas nager le reste de l’année, car le plaisir que j’en éprouvait ne s’estompait pas. J’étudiais à Orsay, en Essonne, qui se trouve heureusement dotée d’une piscine intérieure de 25 mètres et d’une extérieure de 50m. Moi qui ne savait pas vraiment nager de manière sportive, je me suis mis en tête d’essayer de faire 25 mètres en crawl. J’ai échoué, mais ça ne m’a pas découragé.

Je crois que depuis ce moment-là je n’ai jamais vraiment décroché de la natation, et patiemment et en solitaire j’ai amélioré et perfectionné ma nage en autodidacte, livres et vidéos Youtube à l’appui.

En 2010 je me mets au triathlon que j’ai pratiqué ces 15 dernières années. La natation en étant le premier des trois sports, et m’inscrivant chaque année à un, deux ou trois triathlons, je nage depuis entre une et trois fois par semaine pour m’entraîner aux courses. Et je ne m’en suis jamais laissé.

L’eau libre, c’est un peu un autre sport que l’eau en piscine. L’eau salée (en ce qui me concerne), les vagues, le vent, l’orientation, le froid, l’endurance, les paysages sous-marins (et côtiers) m’ont toujours paru intéressants et bien moins monotones que les longueurs en piscine. La Méditerranée n’a rien à voir avec la Manche, mais pendant cette longue période là où je nageais pour mon plaisir, dès que j’entendais, de loin, parler d’un défi incroyable en natation, c’était toujours la traversée de la Manche.

De fait, par curiosité, j’ai fini par me documenter et en savoir plus sur cet « Everest des nageurs ». Peut-être que c’était un rêve enfoui que de le tenter moi-même, mais pendant ces 15 années de triathlon et de pratique de l’eau libre en amateur je n’ai jamais vraiment pensé relever un tel défi.

Un peu sans que je ne demande rien à personne, en 2023 des planètes que j’observais sûrement malgré moi s’alignent : nous nous installons à Toulon et donc je peux nager en mer toute l’année, on se sédentarise suite à deux années nomades, je rejoins un club de triathlon, entouré de sportifs aguerris et de coachs compétents.

Traverser la Manche me revient alors à l’esprit…

Inscription et entraînement

Désormais, je pousse mon intérêt sur le sujet, non plus comme simple curieux mais comme prétendant. Je regarde les conditions d’inscription, le prix, les reportages des nageurs français qui l’ont fait ; je rejoins des communautés en ligne et après des jours et des nuits de tergiversations, je franchis le pas. Quelque part, à ce moment-là, j’étais allé trop loin dans ma réflexion pour que ne pas m’inscrire reste une option. J’ai pris la liste des pilotes de bateaux et je les contacté les uns à la suite des autres jusqu’à ce qu’un ait une place pour moi.

Depuis, je m’entraîne. D’abord seul mais plutôt maladroitement. Je pense qu’il faut simplement nager beaucoup par semaine, et finis par me blesser à l’épaule. Je mets alors les choses à plat : je m’arrête de nager, je consulte pour me réparer l’épaule (vraiment rien de grave) et je prends un coach pour structurer mes entraînements. Quelques semaines plus tard je peux non seulement nager beaucoup plus longtemps, mais sans aucune blessure ni gêne quelconque.

Entraînement avec bateau devant la grotte de San Peyre. Photo William Kant.

A partir de ce moment-là, je ne nage plus que « pour la Manche », que ce soit en mer ou en piscine !

Les entraînements peuvent se diviser en plusieurs catégories :

  • Nage en mer : le plus réaliste (et pratique pour moi). Dépendant de la météo, mais pas des horaires de la piscine.
  • Nage en piscine : le plus technique, et pas dépendant de la météo.
  • Renforcement musculaire : élastiques, kettle bell et autres jouets
  • Adaptation au froid : bains et douches froides
  • Préparation mentale

Autant dire que ça remplit bien la semaine ! J’ai dû déployer des efforts d’organisation, mais je ne me suis jamais lassé de nager et de me préparer. Ça va faire environ huit mois que je m’entraîne beaucoup, et j’aime toujours autant ça ! Chaque entraînement a ses particularités, même si on a l’impression de l’avoir déjà fait, en particulier en mer où les conditions ne sont jamais deux fois les mêmes.

La logistique de la traversée

La traversée de la Manche n’est pas une course. On ne part pas à plusieurs en même temps pour arriver en France (on part de Douvres) le plus vite possible. On est avec et face à soi-même, accompagné d’un bateau qui nous suit. On nage de jour, de nuit, dans les vagues, les méduses et au milieu des porte-conteneurs, mais dans un but ultime : atteindre l’autre rive !

Tout ceci nécessite une certaine préparation : deux associations réglementent la traversée, et une quinzaine de pilotes de bateaux sont habilités à le faire. Pour trouver un pilote et un créneau confortable, il faut parfois s’y prendre trois ans à l’avance.

Car le pilote se réserve avec un créneau de départ. Il s’agit d’une fenêtre de 8 jours pendant laquelle 3 nageurs peuvent potentiellement partir selon les desiderata de la météo. Ces nageurs sont positionnés de telle sorte que la première opportunité est réservée au nageur numéro 1. Puis 2, puis 3. Ainsi, les créneaux fin août, avec des jours chauds, encore longs et une mer moins froide, sont forcément plus courtisés !

J’ai pu avoir un créneau rapidement (pour l’année d’après), mais je suis en début de saison, c’est-à-dire une période de l’année où l’eau est autour de 15°C… Je m’entraîne en conséquence !

Il est difficile de vraiment savoir à quoi va ressembler ma traversée. Je reste ouvert et préparer à tout, y compris à ne pas partir si les conditions ne le permettent pas.

Et il me reste encore beaucoup à accomplir pour peaufiner mon entraînement ! Encore de longues sessions m’attendent…

Photo William Kant.

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