J’ai eu l’occasion (la chance !) d’aller à Toronto pour une conférence liée à mon métier. Cette conférence qui se tient annuellement avait lieu cette fois-ci à Toronto. J’en ai profité pour « faire un crochet » à New-York. Un programme professionnel chargé, des nouvelles rencontres, et un dépaysement toujours bienvenu dans des villes que j’ai déjà parcouru dans le passé. Je raconte.

Il y a dans les villes nord-américaine cette idée d’immensité. Les quartiers sont des carrés fractals qui s’étendent à perte de vue. Dimensionnée pour les voitures, c’est à pied et en transport public que j’arpente cette fois-ci la ville, cantonné au quartier de la cathédrale St. James et du marché historique St. Lawrence Market.

Le gigantisme surprend tout de suite dans cette grande ville économique, plus grande ville du Canada avec une très grande diversité culturelle : plus de 50 % des habitants sont nés à l’étranger, et on y parle plus de 160 langues au quotidien. Cependant, pour les novices européens, elle reprend tous les codes des grandes villes américaines. Lors de mon dernier séjour, l’axe principale était partiellement fermé pour le tournage d’une grosse production américaine dont la séquence dans le film se déroule à … New York.
Les tours s’élèvent très haut et on lit sur leurs devantures ou tout en haut de la tour, bien visible aux alentours, le siège de grandes entreprises : Toronto‑Dominion Bank (TD), Royal Bank of Canada (RBC), Scotiabank, Microsoft Canada, Ernst & Young (EY)…
A leur pied, une myriades de petites fourmis s’affairent à passer d’une tour à l’autre, d’un tram à un train, entrer ou sortir d’un Tim Horton’s, un grand gobelet fumant à la main. Bref, les déambulations normale d’une très grande ville, dont j’ai un peu perdu l’habitude.
Toronto n’a cependant pas le charme d’une capitale-monde. Si elle est très bien dotée en restaurants et magasins, elle manque un peu de grandes attractions culturelles ou touristiques. Le soir, le centre-ville s’allume autant qu’il s’éteind, et il faut naviguer un peu pour s’engouffrer dans un grand pub pour profiter de l’ambiance.
Un plouf dans une piscine du coin
Tôt le matin, je déambule fraîchement, boosté par mon décalage horaire, et découvre des quartiers un peu plus confidentiels avec des lieux de vie locaux, des écoles et collèges et même une piscine dans laquelle j’ai pu faire quelques longueurs. C’est toujours une découverte que d’aller dans une piscine à l’étranger. Elles sont à la fois semblables et différentes. Il faut trouver son chemin pour aller au bassin, avoir prévu une pièce ou un cadenas pour verrouiller ses affaires… et dans ce cas présent bien avoir pris le ticket plastifié à l’accueil pour justifier son paiement auprès du maître nageur. Ce que je n’avais pas fait évidemment (il m’a épargné le retour à l’accueil en maillot). C’est aussi là, dans les couloirs, qu’on trouve quelques sans-domicile-fixe nombreux dans la ville, qui trouvent refugent dans les premiers bâtiments chauffés à ouvrir.
Lors d’un moment de tourisme, j’ai tenté d’aller rejoindre l’une des îles en face de la ville, qui offrent une vue panoramique de la skyline de Toronto. Mais rebuté par la fermeture de deux des trois lignes de bateaux et des horaires peu pratiques, je me suis rabattu sur la promenade le long du lac. A mon grand étonnement, j’étais quasiment tout seul… Si l’été l’endroit doit quand même accueillir du monde (ce qui est le cas dans mon souvenir), le lieu n’est quand même pas particulièrement aménagé pour le tourisme. J’ai trouvé quand même un très bon magasin de produits naturels (j’ai fait le plein de sirop d’érable et de beurre de cacahuète) mais vite décidé de bifurquer vers le centre, où j’avais un vieil ami à retrouver.

La CN Tower (Canadian National, nom de la compagnie ferrovière qui l’a érigée) est l’emblème incontournable de Toronto et l’une des structures les plus reconnaissables du Canada. Du haut de ses 553,3 mètres, elle a dominé le ciel mondial de 1976 à 2007 en tant que plus haute structure autoportante du monde. Construite dans les années 1970 pour résoudre les problèmes d’interférences radio causés par la croissance des gratte-ciels, elle reste aujourd’hui un pilier essentiel des télécommunications de la région. Je ne tiens pas particulièrement à m’acquitter des 47 dollars canadiens pour la gravir, et passe mon chemin, constatant qu’il n’y a décidément pas beaucoup de visiteurs aujourd’hui.
Sur la Front Street View, je retrouve la statue de Glenn Gould, assis sur un banc, devant le studio qu’il a créé. Ce pianiste canadien, excentrique et emblématique, a passé toute sa vie à Toronto, dans deux lieux qui portent désormais une plaque comémorative. A à l’âge de 32 ans, alors lancé sur une carrière internationale remarquable, adulé du public, il décide de se consacrer au studio, expérimentant les nouvelles technologies du son, et se claquemurant ici, dans ce studio, et dans cette ville de Toronto.
Parmi les nombreux événements et anecdotes dans la vie de Glenn Gould, j’aime particulièrement celle de sa tournée en URSS :
En 1957, Glenn Gould n’a que 24 ans lorsqu’il devient le premier musicien occidental à se produire en Union soviétique depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. À l’époque, en pleine Guerre froide, les échanges culturels entre l’Est et l’Ouest sont quasiment inexistants. Que les Soviétiques invitent un jeune pianiste canadien, presque inconnu du grand public, relève d’un geste diplomatique étonnant — et d’une prise de risque.
Gould arrive à Moscou puis à Leningrad avec son caractère atypique : manteau épais, gants, attitude concentrée, et une réputation naissante grâce à son enregistrement révolutionnaire des Variations Goldberg. Ses concerts vont déclencher un choc artistique. À Moscou, la salle est remplie de musiciens, compositeurs, étudiants du conservatoire — tous curieux de découvrir ce prodige occidental. Lorsqu’il joue Bach, notamment les Inventions et Sinfonias, sa clarté, sa précision, sa manière de faire chanter les voix polyphoniques produisent un effet foudroyant. Le public, habitué à des interprétations plus romantiques, découvre un Bach totalement nouveau.
Le moment le plus célèbre survient lors d’un concert-conférence au Conservatoire de Moscou : Gould explique sa vision de Bach, joue des extraits, répond à des questions. Les étudiants sont fascinés — certains témoignent plus tard que cela a changé leur manière de penser la musique. À Leningrad, l’accueil est encore plus intense : on parle de salles pleines à craquer, de longues ovations, de musiciens suivant Gould dans les coulisses pour discuter avec lui pendant des heures.
Texte généré par ChatGPT
Tehranto
De manière très inattendue, j’ai retrouvé un ami de Calgary, Amir, qui séjournait à ce moment-là à Mississauga, à deux pas de Toronto. Je pourrais dire qu’on est littéralement tombé l’un sur l’autre, mais plus honnêtement on s’est pisté sur LinkedIn, un réseau professionnel qu’on fréquente tous les deux. C’était l’occasion pour moi de le retrouver, passer un moment avec lui, prendre des nouvelles, plonger dans une douce nostalgie du temps passé (on s’est rencontré en 2010 et revu en 2017) et profiter de sa voiture de location pour arpenter d’autres quartiers. On suit les rais lumineux des voitures à l’infini au son de musique classique, on emprunte les autoroutes larges comme la longueur de nos rues, des quartiers et des villes qui se touchent, noires et froides comme la nuit.

Un cimetierre n’est pas spécialement un lieu qu’on visite en déplacement professionnel, mais il se trouve que c’est dans celui-ci qu’est mort son père. Amir est iranien, il a émigré il y a longtemps au Canada avec son frère. Lors d’une visite, leur père a contracté un cancer fulgurant et a été enterré ici neuf mois plus tard. Le cimetierre est plongé dans la nuit profonde, la route éclairée par les phares de notre petite sedan, et on cherche tant bien que mal la tombe dans ce grand jardin arboré, enfouie sous une petite végétation. On croit bien connaître ses amis, mais il faut « rencontrer » leur père pour en savoir plus. Le deuxième fils d’Amir, né après la mort de son grand-père, en a hérité de ses traits de caractère.
D’un commun aveu, cette séquence émotion nous a donné faim. Nous roulons vers l’Iran. Du moins, le quartier le mieux placé pour prendre le nom de Little Iran dans au nord de la ville. Autour d’un grand restaurant Tehranto, jeu de mot entre Tehran et Toronto, fourmille un tas de petits commerces et lieux de restauration où s’engouffre la communauté iranienne. Dans l’un d’entre eux, Amir commande en farsi et nous nous installons pour manger. Cette séquence amicale et inattendu clôture mon séjour à Toronto.
New York, New York
Je crois que personne ne dit vraiment que New York est le Toronto des Etats-Unis ! (à part, peut-être, Glenn Gould ?). J’atterris avec 1h30 de retard, dans la nuit bien avancée, et je prends mon mal en patience pour trouver un moyen de transport public pour rejoindre le coeur de Manhattan. Un vieux bus déboule, 5 personnes montent et dans la nuit le bus nous secoue jusqu’à Bryant’s Park.
Fatigué par des longues journées que je n’ai jamais vraiment réussi à caler sur mon horloge biologique, j’arpente les quelques blocs qui me séparent de mon hôtel. L’effervescence du quartier illuminé par les enseignes géantes de la 42ème rue me tiennent éveillé. Des milliers de personnes affluent de toutes les directions, des touristes de tous les âges, des locaux, des groupes, des tuk-tuk illuminés la musique à fond, des taxis et des poids-lourds qui klaxonnent des sans-abris qui traversent au hasard, les bouches d’égoût qui fument… 3ème à droite. Je prends la petite rue remplie de poubelles et m’engouffre dans le hall d’hôtel. La dite petite rue sera mon seul décor ce soir, je n’ai la force que d’aller manger, sur le comptoir d’un restaurant japonais. A New York, il y a de tout, en plusieurs fois, et partout.


Levé 5 heures. Parfait pour voir la ville s’éveiller (et faire mon check-in d’avion du retour). Dès 6 heures les rues sont bien encombrées. Je marche au hasard de la grille que dessine la ville, m’éloigne des grands buildings qui offrent un peu plus de ciel (gris) à mon champ de vision. Un porte-avion est accosté à un quai déjà embouteillé. Un gardien de parking vide me regarde passer sans broncher ; des ouvriers remplissent des camions de planches de bois, et un réparateur de voiture-restaurants s’affaire au fond de son atelier. Je trouve de quoi manger en marchant, mais les bagels qui m’attendent au bureau me sustenteront pour une bonne partie de la journée.
Une équipe à laquelle j’appartiens se trouve à New York. On a peu l’occasion de se voir, donc toute opportunité est bonne à prendre. Nous blaguons et travaillons dans un grand open-space, situé idéalement en coeur de Manhattan.
C’est la dernière étape de mon voyage, qui précèdera plus de 24 heures de voyage dans les territoires internationaux et les ciels du monde. Un parenthèse professionnelle et personnelle qui me tire de mon quotidien.