Après avoir été enchanté par Casse-Noisette du même Tchaïkovsky et Cendrillon de Prokofiev, toutes mises en scène par Noureev, je me suis rendu jeudi 2 avril 2015 à l’Opéra Bastille pour le lac des cygnes. 

L’oeuvre, archi connue, n’en reste pas moins un pépite du répertoire, selon moi quand même en-deçà du Casse-Noisette musicalement. D’un point de vue mise en scène, l’oeuvre pêche par un grand déséquilibre. Les premiers actes sont très démonstratifs, et ne font en rien progresser l’histoire. Par ailleurs, cette mise en scène datant de 1984, il est force de constater que la grande première moitié du spectacle est péniblement démodée. Josua Hoffalt (le Prince Siegfried) campe un personnage de manière pourtant convaincante, tout comme les autres solistes, mais ne danse pas de manière convaincante.

L’interprétation musicale y est pour beaucoup. L’Orchestre de l’Opéra national de Paris, que j’apprécie beaucoup sous la baguette de Philippe Jordan, est carrément molasson sous la direction de Kevin Rhodes. Où est l’élan, l’enthousiasme musical, tant requis par toute oeuvre dansée ? Toute la musique manque cruellement de tension tout au long de la soirée, y compris dans le duo de l’acte II (harpe, violon, violoncelle). Le flûtiste à l’acte IV ne manque pas son rendez-vous cela dit.

Rajoutons des costumes vieillots, des décors carrément de mauvais goût (sans doute car démodés aussi), et une lumière un peu plate (aux antipodes de Casse Noisette), que reste-t-il… ?

Et bien c’est peut-être là le secret d’une grande maison comme l’Opéra de Paris. Car il reste encore beaucoup de choses. Bien qu’il faille attendre l’acte IV pour non seulement rêver mais se faire tout petit face à la continuelle beauté du ballet des cygnes (32 danseuses). Une beauté qui n’en finit pas, pour notre plus grand bonheur, dans une chorégraphie brillante par son ingéniosité et son efficacité. L’expression d’une poésie la plus pure. Il y a également Héloïse Bourdon, qui fut parfaite du début à la fin, tant techniquement que dans l’expression (pas d’inquiétude pour la relève d’Aurélie Dupont). La synchronisation des danseuses est impeccable, bien mieux maîtrisé que sur l’enregistrement DVD de la même production réalisé en 2006 (avec Agnès Letestu). Les chorégraphies groupées sont toutes réalisées avec maîtrise. Dans cette mise en scène assez contraignante car très personnelle et finalement assez psychologique, le jeu d’acteur est également impeccable.

Quoi qu’il en soit, et même s’il me paraît difficile de mieux valoriser cette belle musique pour toutes les danses des cygnes, il paraît nécessaire de remettre au goût du jour cette production, et cesser, pour celle-ci en tout cas, de rester sur ces acquis désormais trop vieux (30 ans tout de même).

(photo ©Ann Ray/OnP)

Une réflexion sur “Le lac des cygnes, Opéra de Paris

  1. Intéressant de lire votre avis à l’opposé du mien ! Pour le rythme de la musique, c’est un choix du chorégraphe Noureev. Il avait une superbe collection de partition et a même été chef d’orchestre pendant un court moment.
    Les costumes viennent d’être refaits, certes à l’identique, mais bon moi cela ne m’a pas gênée.
    D’accord avec vous sur les ensembles superbement réglés par Clotilde Vayer.
    Pour moi, cela reste le plus beau classique, bien plus subtil que Casse-Noisette dans sa construction générale, son livret et sa chorégraphie.

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